suite de Schlaps Holdem épisode I
Le barman me jaugea discrètement. « T'es un flic? ». Je ne me vexai pas. Dans ce milieu, on est obligé d'être méfiant si on ne veut pas finir dans un frigo. Je lui répondais pas la négative. Ce n'était pas tout à fait un mensonge. Je n'étais plus un flic... Le KO par décision arbitrale s'éclipsa en passant dans l'arrière salle. J'ai toujours été épaté par la prudence minutieuse et quasi maniaque des gangster à tel point que.. Je n'eus pas le temps d'aller au bout de ma pensée : même pas une minute plus tard, il reparut me faisant signe de le suivre.
Ça y est, j'arrivais dans l'arène du jeu clandestin, le royaume du bluff à 100 billets de Schlapheim. La salle de jeu consistait en une cave sombre et salle, au milieu des caisses de bière. Accrochée au plafond, une ampoule nue diffusait une lumière blafarde et crue rendant l'atmosphère lugubre. Au milieu de la pièce, une table ronde trônait comme l'autel du jeu interdit. A cette table se trouvait déjà 4 joueurs. Des pros. Lunettes noires, complets clairs ou sombres, bien taillés, chics mais froissé, cigares entamés, bagouzes rutilantes, froideur de rigueur. La testostérone flottait dans l'atmosphère moite de la nuit Schlapsheimoise. Les joueurs de ce soirs n'étaient pas des rigolos. Je les connaissais tous.

Le premier en partant de la gauche, c'était Marlon Boutboul, dit "Marlon 30" parce qu'il transformait n'importe qui en Pizza en moins de 30 minute à la commande avec son Magnum 44. Il avait mis une chemise Hawaïenne rouge sous sa veste en lin. On voit moins les taches de pizza sur le rouge sans doute... A côté de lui, son frère, Hutchinson Boutboul dit Monsieur Hutch. Lui il transformait aussi n'importe qui en Pizza, même sans commande et même sans magnum... Les deux frangins bossaient pour Marvin Abitbol, homme d'affaire spécialisé dans l'import export de tout ce qui peut être illégal. Ils étaient responsables du service contentieux et hémoglobine de la maison Abitbol. Les affronter au poker c'était comme plonger dans la fosse au crocodiles avec un steak saignant accroché au slip. Se défiler maintenant ça aurait comme rajouter de la sauce barbecue sur le steack. A sa droite, un petit rabougri. Vêtu d'un costume sombre, il battait les cartes en regardant sa bière. Je le reconnaissais : le troisième larron, c'était Steeven Benamou, dit Illegal Benamou. Ce mec savait se servir de sa tête. Il s'en servait surtout en la projetant sur l'arrête nasale de ceux qui lui foutaient des battons dans les roues. Actuellement il faisait de la contrebande de vêtements pour Abitbol. Il avait fait tout ce qu'on peut faire dans le métier : homme de main, porte flingue, dealer, contrebandier, maque, organisateur de combats, truqueur de combats, bookmaker, blanchisseur d'argent sale... Son coup le plus juteux ça a été d'ouvrir un casino bordel géant à Stuttgart. Il arrêta tout au bout de deux semaines quand son avocat lui expliqua que son affaire était tout à fait légale en Allemagne. "J'ai ma réputation, merde" expliqua-t-il aux journalistes venus enquêter sur cette fermeture subite. Au poker, il était connu pour bluffer comme pas deux. En se servant de sa tête.
Le dernier des quatre joueurs était le plus dangereux de tous.
Du moins c'était ce qu'il essayait de faire croire à tout le monde. Son nom, c'était Patrick Cruel. Ancien Maque, il s'était reconverti dans la chanson. Il faisait chanter tous les clients de son ancien claque et il y avait du beau monde parmi les politiciens et vedettes du coin. Niveau poker, c'était un killer du tapis vert. En tout cas c'est ce que disait une rumeur qu'il avait fait courir lui même. Dans le milieu on l'appelait Patrick la Belote ou Patrick la Poisse rapport à une série noire de défaites qu'il subissait et qui avait commencé à peu près au moment où il s'était mis au poker. On l'appelait aussi Patrick le toquard. Il était le joueur que tout le monde évitait. Un poissard pareil ça risque d'être contagieux... D'autant qu'on redoutait toujours le moment où il aurait un peu de chance... C'était ça le monde du jeu des clandards : de la classe, de l'esbrouffe, une logique imparables à laquelle on préférait un cortège de superstitions extravagantes pour qui n'avait jamais gagné grâce à une patte de lapin enduite de sang de chat noir tué par une nuit de pleine lune par une vierge de 36 ans du signe astrologique de la balance ascendant pèse personne. Et puis il y avait un code de l'honneur. Rédigé par Bertand Bleustein, comptable du Casino Sand de Buewesheim. Après avoir présenté son code de l'honneur aux principaux joueurs, Bertrand se vit offrir de la part de ses derniers, en guise de remerciement, une paire de chaussures en béton qu'il fut invité à tester immédiatement dans le lac Achard, accompagné de son code de l'honneur.
Je me posais à la table, un peu nerveux.
Marlon 30 dit :
« Johnny la Loose. T'es un homme mort ».
Johnny La Loose, c'est moi.
(à suivre)