La partie suit son cours:
Souvenez vous des chapitres précédents Chapitre 1 -Chapitre 2 Chapitre 3< chapitre 4 « putain de sa race de sa race, j'ai un putain de jeux de sa race » moufte Hutch. Du jeux, mes couilles oui! Il se sent forcément obligé d'en rajouter le Californien made in Oran mais son bluff ne vaut pas plus que celui d'un vendeur de Lada. J'ai un carré d'as. L'émotion commence à me jouer des tours : je commence à voir trouble, j'ai le coeur qui s'emballe. La douzaine de binouzes tièdes que je me suis envoyé sont en train de couler en sueur sur ma nuque. Il faut que je retrouve mon calme. Je tâte mon coeur sous ma veste, touche ma chemise trempée de sueur et trouve mon paquet de gitane dans la poche. J'embecque une cibiche et l'enflamme avec mon zippo de fête foraine. J'inspire une goulée salvatrice de poison brun: le pied! Je crois bien que j'ai de nouveau fini d'arrêter la clope... Grâce à la tige, je retrouve mon calme et la joue François Miterrand : la force tranquille et Mazarine au chaud.

Hutch brûle une carte et pose un trois de trèfle pour le turn. Patrick la loose mise 500$. Quel tocard. Il affiche une décontraction de balayeur de rue. Il me ferait presque pitié. Faux beau gosse, faux gangster, faux joueur de poker, il est tout en simili. S'il met son cuir en buffle, on dirait du skai ; quand il fait un brushing dans ses cheveux noirs, ils se mettent à ressembler à une moumoute. Ses fringues sont plutôt classe : une chemise à fleur Hawaïenne et un pantalon cigarette pat d'eph style James Brown avec le pli. Mais lui, ça lui donne un air de Martin Circus. Sa chaîne en or brille du feux rutilant du toc. Pat est creux comme un bidon mais s'il ne résonne pas quand on le tape c'est parce qu'il est fêlé.
Steeven suit la mise de Pat. Et 1000$ de plus pour ma pomme. A moins que Steeven ne cache quelque chose? Il la joue modeste. Ses mains tremblent légèrement. Il pense avoir du jeu et que c'est sa soirée. C'est même sa dernière soirée. Mais il ne le sait pas encore.
Je fait monter la sauce,je pose mon tapis – c'est du no limit non?. Le River tombe : 2 de trèfle. C'est tout bonnard. Pat reflambe à 500 $. Je fais grimper à 1000. La tablée me suit...

Les bets placées dans le pot, on procède au Shot down. Pat pose une main vide. « Quelle poisse putain de ta race » gémit le crooner FM. Steeven jette une paire de deux. Avec celui de la table ça fait un brelan. Culotté le vieux. Veinard en plus, mais pas assez. Je prend un air impassible essayant de cacher l'érection violente que m'a procuré mon carré d'as. Marlon jette sa main et ramasse toutes les cartes rapidement sans qu'on puisse voir son jeu. Et prend tout les biffetons. « J'ai gagné » nous annonce-t-il d'un ton sans réplique.
Personne ne moufte. Je sens que ça serre des dentiers autour de la table. Moi, je réfléchi. C'est vrai ça, je me demande si la Macarena c'est une rumba ou plutôt une samba? A propos je demanderais bien à Marlon ce qu'il avait dans la main, mais j'ai un peu peur de ne pas faire pro. En plus le code de l'honneur est précis. « Tu ne demandes jamais à un partenaire de jeu de se justifier, surtout s'il est beaucoup plus fort que toi et armé. » je me prépare à rentrer chez moi. Pat fulmine et Steeven propose de continuer la partie. Il lui reste du tapis.
J'enfile mon trench coat et prend la sortie quand j'entends un déclic ressemblant au bruit d'un cran d'arrêt qu'on ouvre derrière moi. Hutchinson m'interpelle : « Hé Johnny, quand est ce que tu me paies les 15 000 $ que tu me dois? » )

( à suivre)